Billets qui ont 'Chevrier, Alain' comme nom propre.

Taratantara

El sol innocente, telle s'incarne l'honorable mesure de tout Arte Mayor. Car la voix monte et insiste noblement sur sol et sur cen, qui sont les deuxième et cinquième 'syllabes' respectivement de ce demi-vers. Répétée sans cesse, cette mesure donne à toute composition en ce mètre son allure si caractéristique de montagne russe dans un manège de foire. […]
Or, on reconnaît aussitôt une des deux formes possibles du taratantara tel que, avec une insuffisante révérence, le baptisa autrefois Bonaventure Des Périers.

Jacques Roubaud, Le grand incendie de Londres, p.60
Cette découverte que le vers français se scandait m'a sidérée. Cela allait à l'encontre à tout ce qu'on m'avait dit au lycée quand on m'avait expliqué Virgile ou Shakespeare: que la rime française compensait le fait que la langue française était plate et ne se scandait pas.

Mais il y avait autre chose. Cela donnait soudain un sens à une conversation entendue un jeudi d'Oulipo, un échange entre Elisabeth et Alain ou Gilles ou Nicolas ou d'autres encore, parlant de taratantara: j'avais noté que c'était une référence inconnue de moi, mais peut-être une facétie, comme le fait d'apprendre les alexandrins sur l'air de La Marseillaise.

Je n'avais pas posé de question, mais lorsque j'ai retrouvé ce mot dans Roubaud, j'ai fait une recherche Google le soir-même, trouvé un livre d'Alain Chevrier que j'ai aussitôt inscrit à ma liste Amazon de livres souhaités.

Il est arrivé ce matin, offert par mon beau-père qui fidèlement pioche dans ma liste année après année, m'offrant des livres comme Bottom's Dream ou Meine Zeit mit Karl Barth ou l'autobiographie de Claudia Cardinale — ce qui a dû lui paraître plus léger — même s'il ne pose pas de question.

Et donc Taratantara est arrivé. C'est alors que j'ai découvert son titre principal que j'avais, je ne sais comment, occulté: Le Décasyllabe à césure médiane.
C'est tout de même très chic.

Dernier colloque des Invalides

sur le thème «Dernières RàB» (Rubriques à Brac, ça tombe bien, tout le monde connaît parmi les gens rencontrés aujourd'hui): Jean-Jacques Lefrère, l'organisateur "sur place", est mort sans remplaçant à ce jour (tandis que Michel Pierssens est au Canada et Jean-Paul Goujon à Séville… cela ne simplifie pas l'organisation); d'autre part nous apprenons que le centre culturel canadien ferme pour deux ans et rouvrira ses portes dans le VIIIe: plus d'organisateur et plus de site parisiens, la fin d'un époque.

Colloque des Invalides, Blitz-discours, de cinq minutes: c'est la troisième fois que j'y assiste, toujours pour écouter Elisabeth, et cette année, Tlön était également dans l'assistance.

Je résume les interventions sur l'autre blog (celles où je n'étais pas en train de digérer, deux ou trois m'ont échappé) et me contente de quelques bribes relevées au cours du déjeuner:
— Le problème de Guillemin, c'est qu'il veut tout le temps avoir raison.
— C'est le cas de tout le monde, non?
— Tu as raison.

Alain Chrevrier a présenté une couronne de sonnets haïtiens d'Emile Roumer, c'est l'occasion de parler d'Haïti et d'un illustre ancêtre de Tlön, tandis que le professeur Lassalle évoque Saint-Céré qui semble être le Berditchev français (tout le monde vient de Saint-Céré, est passé par Saint-Céré…). Le professeur se souvient de ses années de provincial, quand sa vie tenait à sa correspondance échangée avec les surréalistes… Il regrette qu'un Roubaud, par exemple, ne réponde pas aux lettres, quasi par principe.

Il faut lire Stello.
Cocteau prince des poètes, puis Maurice Carême!
Plus de poètes à l'agrégation: «L'année où il y a eu Gracq… Les élèves ont eu les pires problèmes.»

A ma droite, deux jeunes professeurs spécialistes de Lautréamont, doctorants, enseignent en Bretagne. Le grand poète de l'entre deux-guerres? Desnos. Un poète contemporain? Guy Goffette.


En fin de journée, je passe à la librairie sino-japonaise Le Phénix pour acheter une méthode pour écrire le japonais (c'est pour offrir).
En revenant prendre le métro aux Halles, je passe à la bibliothèque de la Canopée. Je suis un peu déçue, elle est toute petite (enfin, plus que ne le laissaient penser les photos). je découvre sur un présentoir des livres pour apprendre le français et s'entraîner au TCF, «test de connaissance du français pour acquérir la nationalité française». Je ne savais pas que cela existât:
Proposé depuis janvier 2012, le TCF pour l’accès à la nationalité française (TCF ANF) a été spécifiquement conçu pour répondre aux nouvelles dispositions introduites par le ministère français de l’intérieur (décret 2011-1265 du 11 octobre 2011) fixant au niveau B1 oral (épreuves de compréhension et d’expression orales) le niveau requis en français pour les postulants à la nationalité française.
A côté de la bibliothèque se tient un café de hip-hop et une salle pour danser.
Les escaliers qui descendent au métro forment comme un vaste amphithéâtre (mais les mesures de surveillance anti-terrorisme ne permettent sans doute pas l'ample circulation qui devait être prévue par l'architecte). Tandis que je traverse ces lieux mille fois empruntés, je reconstitue le fantôme de leur disposition disparue.
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